Comme dans un forum social, mille choses se passent en même temps et c’est comme ça que tout se déploie. – Rodrigo Bertame au Occupons Rio.
Le camping à Rio compléte dix jours. Pour ceux qui y sont jour et nuit, beaucoup plus. L’ocupation n’a pas seulement transformé radicalement l’espace, mais le temps aussi. Il est devenu plus épais et plus riche, débordant d’instants créatifs et inespérés. Si la place de la Cinelândia, au centre de Rio, portait déjà ses chroniques quotidiennes, maintenant elles se multiplient au millier. Chaque jour est un monde entier, mille choses se passent en même temps.
L’histoire du camping est l’histoire de ses rencontres, de ses convergences et divergences. Les risques du départ, les pulsions d’identité et de consensus n’ont plus aucun sens. Au delà d’un collectif autogéré, ce camping se construit comme un trafic routier. Il ne s’agit pas d’une autogestion comme autosuffisance, mais comme autonomie. Il n’y a pas un dedans et un dehors, pas de rituel pour ceux qui arrivent ,d’y prendre partie en s’identifiant auprès des “plus anciens” occupants. Il suffit d’y être ! De faire. Et on y est automatiquement dedans. Les assemblées du départ se sont réduites et le camping s’est débureaucratisé. Elles ne sont plus vues comme chose substantielle ou axes d’un processus, mais juste un moment ; son importance, tout de même, est préservée. Aucune structure ne peut représenter les éléments de créativité, mutation, résistance, de réinvention quotidienne. Traversée de tous ses côtés, la place occupée s’amalgame aux flux de la ville et à ses demandes concrètes.
À chaque jour, Occupons Rio se qualifie, s’intensifie, s’autovalorise. On compte plus de 150 tentes. Il y a des générateurs d’énergie, des réfectoires, de petits ateliers, des laboratoires théoriques, des plateaux, un microphone ouvert. Il y a des groupes de travail (GT) plus ou moins constants (d’alimentation, d’activités, de sécurité, théorie, queer, arts et culture, anthropophagie etc), de non-travail, groupes d’affinité, collectifs auto-constitués et même un GT’aime. Les jeunes d’entre 20 et 30 ans y prédominent, mais tous les âges sont représentées. C’est une dynamique à longue manche, sans liders ou groupes prépondérants. S’il y a des punks, ils ne se limitent pas à l’anarchie facile ; des autogestionnaires ne veulent pas s’isoler ; les marxistes ne portent pas leurs marximètres ; les hackers apprennent à danser. On construit au commun des relations, au déroulement de l’instant, sans préoccupations excessives de consensus. C’est un mouvement de l’ et cætera. Un immense, hétérogène et inqualifiable et cætera. C’est pour cela qu’il est inutile pour l’assemblée d’avoir peur et de se préocuper avec les risques d’oportunistes et malveillants, comme si on avait pour mission de “proteger” les gens et de preserver une pureté du mouvement. Ils en ont pas besoin, personne n’est bête ici. Ce sont comme des chats, conçus pauvres et libres.
A-t-on déjà vu un troupeau de chats?
Cet et cætera n’est pas représenté par la politique institutionnelle, la grande presse, la culture commerciale. Son désir d’exister n’était pas annoncé, ne s’articulait point, ne se fesait pas percevoir ou était apperçu. Dans un processus dynamique, l’et cætera se compose comme classe. Il acquiert non seulement une voix en chœur, mais plusieurs. À la place de ligne éditoriale ou politique, comme les partis et les grands journaux se présentent, on a ici une polyphonie. Ce qui n’est pas n’importe quoi. Il suffit de rappeler comment les appartchiks du parti d’extrême-gauche PSTU et l’agenda anticorruption du magazine Veja ont été spontanément refusés.
Il y a des articulations avec les mouvements contre les déplacements des habitations en vue des grands évènements comme la Coupe du Monde et les jeux Olympiques, le “choc d’ordre” imposé par la mairie, le modèle de développement de Belo Monte, le système pénal séléctif et raciste, l’incrimination des mouvements sociaux, pour la reconnaissance du marché informel, de la culture libre, pour une éducation plus qualifiée et ouverte, pour la liberté de transit (passe livre), pour une démocratie réelle au delà de la représentation de l’État et du marché. Si Occupons Rio est à gauche, ce n’est certainement pas cette gauche qui gouverne le pays, de l’appareillage partisan ou au fil rouge de l’académie. Et on entend souvent dans les débats le mot “capitalisme”. Des laboratoires de lecture sont formés, comme celui sur Multitude (Antonio Negri, Michael Hardt). Tout est trés politisé. On peut arriver pour le loisir d’un camping d’été et se retrouver en train de faire de la politique à fond, et parfois le contraire : on y vient pour faire de la politique et on se retrouve dans un camping d’été. Et et cætera!
Dailleurs, tout est à la dimension politique. Il n’y a pas de séparation entre la pratique et la politique. Quand on délibère sur la sécurité, on évite d’y reproduire une police, il faut repenser les relations avec les sans-abri, avec les commerçants informels, la police municipale, les picpockets matinaux qui “font un gain” dans la place et, peut être, de retrouver des convergences pour les rapprocher. Même la nourriture n’est pas un problème interne puisqu’on n’y cultive rien ; elle vient de la ville, elle dépend de relations.
Occupons Rio n’a pas de date prévue de conclusion. Il s’agit d’une manifestation permanente et mutante. Grâce aux médias sociaux elle peut se dérouler dans la place ou dans la rue, se re-virtualiser à nouveau et ainsi successivement. Réel et virtuel ne s’opposent pas. Si demain les pouvoirs constitués font preuve de couardise en recourant à la violence, le mouvement continuera et s’agrandira. Aprés tout, ces gens sont les mêmes. Ou mieux, ne sont plus les mêmes.
Bruno Cava, da OcupaRio / Trad.: Cristiano Fagundes, da OcupaRio


18 Responses to “Le mouvement de l’et cætera”
e a tradução???
Ele só ganhou uma versão em Francês.
Et donc, vou voudriez répresenter la presque totalité (99%), mais vous vous exprimez en Français! Ça montre bien que vous êtes, en réalité, partie des élites qui détiennent les biens économiques et culturels. Moi aussi, un peu, parce-que j’ai été capable d’étudier cette langue dans une école publique brésilienne.
Putz, isso aqui é uma tradução… e francês é coisa de burguês? Escreve em português então, seu babaca.
Quelle est la raison d’être fache(é) a cause d’une simple observation? Je fais, pourtant, une autre: les tunisiens parlent plutôt l’arabe. Le Français, c’est la langue des la colonization, imposée a eux depuis 1881.
Les rebélions arabes ont étés, a mon avis, incítées par l’occident aussi.
Qual é a razão para estar zangado(a) por causa de uma simples observação? Eu faço, no entanto, uma outra: os tunisianos falam principalmente árabe. Francês é a língua da colonização, imposta a eles desde 1881. As rebeliões árabes foram, na minha opinião, incitadas pelo ocidente também.
Combien ici auraient compris ça sans le traduire?
Au Brésil, sauf pour les élites, le peuple ne parle que Portugais.
Quantos aqui teriam entendido sem a tradução? No Brasil, excetuando as elites, o povo só fala Português.
Pas compris non plus pourquoi c’est en français… Le texte contient par ailleurs quelques erreurs de traduction et quelques incohérences.
Je vous prie de m’indiquer les erreurs et incohérences, Antoine. Je ne doutte pas qu’il y en ait. J’en ai vu quelques unes moi même que j’attribue à l’édition. Puis ça arrive, la pureté est un concept plutôt étrange en matière de traduction, en plus pour un brésilien. On l’a traduit dans l’esprit international des mouvements, pour partager les expériences entre occupations. Je vous rappelle que tout a commencé en Tunisie, cher Antoine. Pour attirer l’attention des gens et médias étrangers aussi, puisque nos medias nous évitent. Comme en France et ailleurs, je suppose (pas vu grand chose dans les journax sur Occupons La Défense ou autres “révolutions citoyennes”). Quand à l’insinuation d’élitisme pour un texte qu’on ose traduire, franchement…
Cris,
Não falei nunca de elitismo, você confundiu com um outro comentário. Mencionei apenas de erros de tradução ou de inconsistências, como deve ter no meu português !
Falei sim de restrição para o acesso, unicamente porque não tem o link das outras versão, que poderia ser útil.
Além desse incompreensão, eu posso reler e propor uma versão corrigida do texto, se quiser. Me fala aonde mandar o texto.
Fraternidade, Antoine
Antoine, sei que não foi você quem fez o comentário do elitismo, apenas me referi a ele. Também aproveitei pra ressaltar a importância da confraternização e atualização entre as acampadas em todo o mundo neste movimento global. O texto tem algumas expressões idiomáticas e muitas vezes elas são “intraduzíveis”. O tradutor estará sempre optando entre fidelidade ao texto original e a “versão”, que pode se perder, o que às vezes torna a missão muito difícil! Claro, sempre vão aparecer alguns errinhos. Como este foi feito às pressas, não teve como evitar. A intenção era mandar pra uma revista, onde fariam uma boa revisão. Você pode ver o texto original aqui http://www.quadradodosloucos.com.br/2053/o-movimento-do-etcetera/ Se quiser fazer uma versão mais compreensível, fique à vontade para publicar no seu blog, enviar para alguma publicação, espalhar por aí ou mandar para que substituam este aqui. Tem muitos textos ótimos como este que merecem ser traduzidos, acompanhe!
Abração. Fraternité!
Aqui a versão corrigida que publiquei no meu blog francês. Pode baixar o texto la se quiser. Também se precisa outra tradução, por favor manda um email.
http://revolutioncitoyenne.wordpress.com/2011/11/21/et-caetera-occupy-rio/
Qual seu e-mail, Antoine?
O texto é de Outubro.
Ver aqui: http://www.quadradodosloucos.com.br/2053/o-movimento-do-etcetera/
Donc, vous êtes vraiment des bourgeois! Sim, vocês são burgueses, já que 99% não entendem Francês, só a minoria que teve chance de estudar essa língua, alguns estudaram até no Franco-Brasileiro. E daí … admitam! Moram em ricos apês, podem fazer militância à vontade: nada contra, se a causa for justa!
Blah. :p
Bobagem.
rien à voir, t’es hors-sujet !
Isso serve sim, para comunicar sobre o projeto internacionalmente, agora só falta uma versão em inglês. Eu tenho certeza que seu espirito de cidadania vai te levar a propor esta tradução para o povo camarade !
Chèr Antoine, como é que você acredita que pode deter a globalização com um movimento globalizado? Acho legal a tentativa, mas não me iludo. Quantos milhões no mundo não têm Internet, sobretudo onde ela seria mais necessária para mobilizar? Veja a África sub-sahariana e compreenderá do que eu falo. Fazer revolta aqui, onde tem classe média, é fácil. Difícil é fazer isso onde a condição é aguda e as propostas têm que ser concretas.
Amigo, desculpe.
Você conhece muito pouco ou quase nada do que tá havendo na Cinelândia. Passa lá.
Olha só Barbosa,
Não quero, e nunca quiz, apenas “deter a globalização”. Sem, a “globalização”, eu não seria aqui no Brasil, estudando aqui num mestrado de economia, e analisando o que é…. A globalização !
Deter a globalização financeira sim, deter o sistema capitalista sim, deter a ideologia e a lógica neoliberal sim, mas não vou nunca militar para menos intercambio humano, através do mundo. Em fim, é só minha opinião.
Quanto a africa sub-sahariana, você me faz um pouco sorrir. Não que eu ignoro o drama que está acontecendo la, mas se por causa disso, devemos ficar passivo e não fazer nada ou ficar cada um no seu espaço, não concordo. Mais o movimento é generalizado, mundial, e até mediático (sem ilusão nenhuma), mais você teria uma chance que seu mensagem chega até… a Africa sub-sahariana. Mais que qualquer outra coisa, acredito em uma revolução internacional, e por isso, que começa ao nível nacional, e se for o caso na Cinelândia de Rio, “advienne que pourra” comme on dit chez nous.